Mes souvenirs
d'enfance
La raison pour laquelle je te partage une partie de mon vécu, c'est au cas
où tu connecterais à mon histoire et que tu aurais besoin d'aide ou
que tu connaisses quelqu'un qui en aurait besoin. Je ne l'écris pas non
plus pour me plaindre ou me faire plaindre. Aujourd'hui, je suis très
heureuse et j'aime la vie. J'ai appris à m'aimer et à aimer mon prochain
comme moi-même. Je ne suis pas parfaite, loin de là, mais au moins je suis
capable d'aimer, d'être aimée et je me sens utile. Comme j'ai été élevé
dans un foyer dysfonctionnel où une personne qui était affecté par la boisson, Al-Anon est la solution
que j'ai trouvé pour m'aider à me rétablir des conséquences de cette
terrible maladie qu'est l'alcoolisme.
J'aimerais aussi ajouter que je ne veux faire aucun tort à qui que ce soit
en écrivant ces lignes. Je ne dis pas tout non plus. Mon père était un
alcoolique et il n'a jamais été capable de s'en sortir. Ce n'est pas de sa
faute. N'oublions pas que l'alcoolisme est une maladie, un mal familial
qui attaque tous les membres de la famille d'une façon ou d'une autre.
J'en veux plutôt à cette maladie qui détruit tout sur son passage peut
importe qui elle touche..

Je suis la 3ième de 5 enfants. Je me souviens d’avoir été un
enfant rempli de joie jusqu’à l’âge de 3 ou 4 ans. À partir de cet âge,
(j'étais le bébé durant 4 ans), ma sœur et ensuite mon jeune frère sont
arrivés. Je me souviens que ma mère n'avait plus de temps pour s'occuper
de moi. Suite à une promesse qu'elle m'avait faite et qu'elle n'a pas pu
tenir jusqu'au bout, je m'étais dit que plus jamais je lui demanderais du
temps pour moi, d'où germa un ressentiment qui dura très longtemps. C'est
suite à une 4ième étape approfondie (inventaire minutieux) que je me suis souvenue de cela et que
je suis arrivée à lui pardonner car je comprenais qu'elle ne pouvait pas
faire autrement. Avec le temps, j'ai appris à combler mes besoin et à prendre
soin de l'enfant en moi. C'est un travail à long haleine car j'ai encore
tendance à l'oublier.
Je n'ai que très peu
de bons souvenirs de mon
père. La plupart du temps il était saoul. Il était ou au travail, (travaillant
sur les quarts, ce qui voulait dire que nous devions nous taire la
majorité du temps), ou il était à la taverne. Lorsqu’il était à la maison,
il me semble que nous devions être invisibles et qu’il y avait beaucoup de
chicanes. Croyez-moi, la police connaissait notre adresse par cœur!
Ma
sœur et mon frère aînés ont 6 et 2 ans plus vieux que moi et ma jeune sœur
et jeune frère ont 4 et 6 ans de moins que moi. Maman était toujours
occupée avec sa marmaille. IL ME SEMBLE QUE JE N’ARRIVAIS JAMAIS À LUI FAIRE
PLAISIR. Je faisais des <gaffes> une après l’autre par mon comportement
dérangeant, même si je me suis toujours vu comme un enfant solitaire et
tranquille. Lorsqu’elle m’achetait des vêtements neufs (choses très rare
pour nous), je trouvais toujours le moyen de les briser soit en les
tachant ou en les déchirant et Dieu sait que je ne faisais pas exprès. Et
en plus, pour empirer les choses, j’ai fait pipi au lit jusqu’à l’âge
de 11 ans, donc elle devait faire du lavage souvent. Je me sentais
tellement
honteuse.

Harcèlement sexuel
Malgré
mes 11 ans, j'ai aussi vécu à plusieurs reprises de l'harcèlement sexuel par des
hommes exhibitionnistes ou d'autres qui voulaient que je pose des gestes.
À plusieurs reprises, un homme avait le don de se caché dans les buissons dans la côte Cascade
et lorsque nous passions par là, souvent nous le voyons en train de s'exhiber.
Un des mes souvenirs s'est
passé lorsque j'avais 6 ans. Je demeurais dans le "block à Houle" situé devant
l'Église St-Pierre. Je jouais autour de cette impressionnante église mais je n'y
entrais jamais car je n'y avais pas le droit. Comme j'allais à l'école St-Patrick
(St-Pat's), nous allions à l'église Immaculate Heart of Mary, sur la rue de la
Station en bas de la côte Maple. Un beau jour, un homme m'a invité à aller dans l'église. J'avais beau
lui dire que je n'avais pas le droit car je n'avais pas encore fait le sacrement
du pardon et de la petite communion. Il a réussi à me convaincre d'aller dans
l'église pratiquer pour ce grand événement. Donc, en toute confiance et
pieusement, je me suis installée dans le confessionnal; il faisait tellement
noir, et j'avais fermé mes yeux et je me suis mise à faire ma prière. Tout à coup,
il me dit "goutte à cela". J'ai dit: "Bien non, on a pas le droit de manger dans
une église". Il a dit avec colère "awaye goutte". Alors, j'ai goûté et j'ai
trouvé cela méchant, alors j'ai ouvert mes yeux et j'ai vu qu'il avait mis son pénis contre le grillage. Il
m'a
dit "Va t'en chez vous". Je suis partie en courant et je l'ai dit à ma mère.
Elle a dit "On va attendre que ton père arrive et on verra se qu'on fera".
Il m'a amené voir le curé. J'ai raconté mon histoire, et le curé m'a dit que je
n'avais pas le droit d'aller dans l'église et que comme
punition je devais récité trois (3) Je vous salut Marie. J'ai dit, "Je n'ai rien fait
de mal moi, je voulais me pratiquer pour ma petite communion. Alors, il a dit,
tu les réciteras pour cette homme. Naïvement, j'ai dit, je ne connais pas ces
prières en français, il a dit, dit les en anglais, bien évidement. Je suis contente de ne pas
être resté avec
l'impression que j'avais fait quelque chose de mal. Je voulais être
parfaite et pure pour ma petite communion. Tellement, que lors de ma
petite communion je suis tombée dans les pommes. On avait pas le droit de manger
avant de communier dans ce temps là.
Vers l'âge de 8 ans, j'ai aussi vécu de l'inceste
par un oncle qui est aujourd'hui décédé. Je n'arrive toujours pas à comprendre
comment on pouvait laisser un enfant seul en sa présence, sachant qu'il avait le
réputation d'être un "mon oncle cochon". Il y avait une grosse fête et tout le
monde s'approchait de la cuisine. J'étais assis sur ses genou dans le salon. Il
a commencé à me tripotter. Oh non, il ne m'a pas violé mais la violence avec
laquelle il m'a obligé à rester assise sur lui pendant qu'il caressait mes seins
(j'en avait pas, je n'avais que huit ans) m'a profondément marquée. J'avais beau
me débattre, il me serrait encore plus fort. J'étais terrorisée et ne savait pas
quoi faire pour me sauver de lui. J'avis tellement honte que je n'en ai pas
parlé à personne. Par la suite, j'ai toujours eu peur d'aller chez lui. Il y a
quelques années, j'en ai glissé un mot avec des cousines qui m'ont admis être au
courant qu'il était connu comme étant un "mon oncle cochon". Chose certaine
c'est que l'autorité qu'il a exercé sur moi a fait que j'ai toujours resté avec
une certaine peur et que ça été long avant que j'apprenne à me défendre.
Et une autre fois, un homme
voulait que je l'aide à trouver une balle de base-ball au Cascade-Inn (hôtel situé à côté de chez nous et endroit où nous allons jouer à "Madame")
C'était un si bel endroit, entouré d'arbres et de jardins. Avant de dire oui à
ce monsieur, j'ai demandé la permission à mon père. Il a dit, bien oui, pour
rendre service. Je suis allée avec cet étranger et j'ai cherché sa fameuse balle.
Découragée, je lui ai dit, comment ça se fait que votre fils ne cherche pas la
balle avec nous et comment a-t-il fait pour l'envoyé ici. Il a dit, nous étions
en bas de la côte et il a
frappé très fort avec son bâton de baseball. Finalement, le monsieur a dit, "je
vais allé faire pipi". Pendant ce temps, comme il ne m'avait pas harcelé, j'ai continué à chercher
la balle. En revenant, il voulait que je
le "suce" pour 25¢. J'ai partie à courir en toute vitesse et je ne l'ai dit à
personne. J'ai appris à me méfier des ces hommes qui ne cherchent qu'à combler leurs
besoins dénaturés.
Un autre fois, j'étais en
foyer nourricier. Un matin, le "mon oncle" (nous les appelions comme cela en foyer
nourricier), est entré dans ma chambre pour me réveillé pour aller à l'école. Je me suis assise dans mon lit et en
ouvrant mes yeux j'ai vu que son pénis était sorti de son pyjama et qu'il était
"bandé bien dure". Je me suis recouchée dans mon lit et j'ai mis les couvertures
par dessus ma tête et j'ai prié afin qu'il ne m'approche pas. Je n'en ai jamais
parlé et peu de temps après, j'ai quitté ce foyer.
D'autres fois, on essayait
de me coincer dans un coin. La dernière fois où j'ai vécu de l'harcèlement
sexuel, j'ai prié afin que mon Dieu d'amour me protège et que ça ne m'arrive
plus jamais. Cela ne m'est jamais plus arrivé. Plus tard, j'avais dit à cette
personne, ne touche jamais à mais fille sinon tu vas avoir affaire à moi. Il m'a
promis que jamais il ne lui ferait de mal. J'ai tout fait pour ne pas laisser Caro
seul en sa présence. Elle m'a confirmé qu'il ne lui avait jamais touché.
J'pense que je l'aurais tué.
Malgré tout, je me
considère chanceuse de ne pas avoir resté avec des blessures irréparables dans mon
cœur. Pour moi la sexualité est un cadeau de Dieu. J'ai toujours
vu ces gens comme des êtres très malades. Il est certain que je
n'approuverai jamais qu'une personne pose des gestes incestueux à des
enfants. Ça ne passe pas.

Je
n'avais pas beaucoup d'ami(e)s intimes. Y'en a qu'une qui pouvait venir à
la maison car je savais qu'elle ne me jugerait pas. J'allais plutôt jouer
ailleurs que chez moi. La plupart du temps je jouais dans le "ratapatte",
une coulé situé à l'arrière de chez nous. Si j'ai passé des heures à
jouer dans les arbres immenses et avec les vers de terre! J'aimais tellement cet
environnement.
Une autre chose qui ne m’a pas aidée
c'est que
je n’apprenais pas vite. J'ai commencé ma première année à 5 ans et dans
une école anglaise. Je ne comprenais que la moitié de ce qui se passait.
J'aimais regarder par la fenêtre et j'avais hâte d'aller jouer dehors. J'enviais
beaucoup les autres enfants qui avaient de la facilité et qui participaient. Je
me sentais tellement inadéquate que je me rejetais toute seule. Par contre, je
tenais à ce que mon univers soit parfait. Je pouvais jouer des heures et
des heures toute seule dans le sable à faire des chemins et des maisonnettes, tout était toujours très
bien nettoyé. Lorsque je
faisais du coloriage, il devait toujours être beau. Je me souviens
même d'avoir troqué un sens bon que je trouvais puant pour des supers
belles craies de couleurs en cires. Comme j'aimais beaucoup coudre, je
prenais des veilles guenilles et je faisais du linge pour mes poupées. Une autre de mes
qualités était que j’étais très sensible à ce que les gens vivaient autour
de moi et je n’aimais pas cela lorsque les élèves dans ma classe
ridiculisaient les autres.

Ma
mère a toujours essayé de nous protéger du mieux qu’elle le pouvait. Je me
souviens d'un événement où mon père
était très saoul, il y a eu une grosse bagarre à la maison. J'avais environ
8 ans. Il était très
fâché et avait frappé maman. Tout à coup le téléphone a sonné, il a tiré
tellement fort sur le fil que ce dernier s’est arraché du mur, Il était certain qu’un de nous avait appelé la police.
J’avais regardé cette scène et je m’étais dit : <JAMAIS JE MARIERAIS UN
ALCOOLIQUE> et que je n’endurerais jamais une vie semblable. En
passant, lorsque j'entend la chanson de Nicolas Chicoiné, "Chanson pour
Marie", ces souvenirs reviennent à ma mémoire. Je ne
comprenais pas pourquoi elle (maman) acceptait de vivre avec lui. Je
voulais qu’elle le jette à la porte, qu’elle le quitte et je croyais
qu’on s’arrangerait sans lui. Bien sur, c’était mon point de vue et je
ne réalisais pas que dans ces années là (1964, les temps étaient plus difficiles,
surtout ayant 5 enfants et étant si malade. Maman répétait toujours, <votre
père est un homme malade, il est alcoolique>. Enfin, Maman est décédée
à l’âge de 44 ans du cancer.
Elle s'était fait enlevé un sein et un an plus tard, le 30 septembre 1966,
elle est décédée.